Croix De Fer Film Critique Essays

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Dans un ouvrage qu’il lui consacra en 2001, l’un des meilleurs à ce jour au sujet du cinéaste américain, François Causse définissait le cinéma de Sam Peckinpah de ‘violence du crépuscule’. Une dénomination qui cadre parfaitement CROIX DE FER, antépénultième réalisation de celui dont l’exploration des noirceurs du désespoir et de l’égoïsme humain n’eut d’égale que la magnificence de ses lumières et de ses couleurs.

Au crépuscule des dieux si cher à Wagner répond dans ce film de 1977 la nuit qui tombe lentement sur l’armée allemande. Nous sommes en 1943, sur l’immense front de l’est par lequel Hitler a tenté de percer l’Union soviétique en son flanc. Les militaires y battent en retraite en se vautrant dans la boue de Crimée. Là, terrés dans leurs abris minés par les bombes, le désillusionné colonel Brandt (James Mason) et son adjoint Kiesel (David Warner) voudraient ne pas perdre la face devant une offensive qu’ils savent perdue. Stransky (Maximilian Schell), capitaine récemment transféré de France où il s’ennuyait, les rejoint avec le but assumé d’obtenir pour sa pomme une croix de fer, la plus haute distinction possible, la décoration des héros.

© STUDIOCANAL Home Entertainment Germany

Des héros, il n’y en a plus beaucoup après ces scènes d’affrontement d’une brutalité inouïe, rendues cauchemardesques par le ralenti qui était devenu la marque de fabrique de Peckinpah. Les corps retombent indéfiniment, comme freinés par l’air impénétrable. Le film n’est pas une partie de plaisir. Le cinéaste choisit de tout montrer, quitte à envoyer valser les gentilles fresques de guerre édulcorées au casting cinq étoiles dont le cinéma américain s’était fait la spécialité.

Le conflit est cru, sans le seul filtre qu’est celui des hallucinations du sergent Steiner (James Coburn), touché à la tête et qui, alors que ses compagnons gigotent dans la saleté de la défaite, découvre dans sa convalescence un univers encore bien plus hypocrite. Un haut-gradé de l’armée, qui n’a jamais connu les combats, serre des mains sur un ton paternel. Il est bien embarrassé lorsque l’un des soldats blessés lui tend deux moignons en guise de salut. Mais tout ce petit monde ira se gaver au buffet prévu pour la visite. Alors le sort des gueules cassées de la Wehrmacht, qui s’en préoccupe…

“Sam Peckinpah laisse à la postérité l’une des plus transcendantes réflexions sur la Seconde Guerre Mondiale.”

L’introduction de cette fresque aigre-douce est à ce titre remarquable. Sur des images d’archives de rassemblements nazis fanatiques, on calque une comptine enfantine, Hänschen Klein, dont je me rappelle que ma propre grand-mère d’origine allemande me la fredonnait à l’occasion. Le Führer sourit, goguenard, tandis que des milliers d’hommes et de femmes défilent au pas d’une marche inaudible au spectateur. Alors que les crédits finissent de se succéder, les archives passent tout à coup à la couleur, et la réalité à la fiction, dans un décor reconstitué par l’équipe de tournage. Sans précipitation, le cap est passé.

© STUDIOCANAL Home Entertainment Germany

Exercice brillant, CROIX DE FER est également un film de frontières, profondément. Frontière entre divertissement et reportage, frontière entre le feu des canons et l’arrière, comme on l’appelle, où des esprits endoctrinés croient en la victoire. Frontière entre le permis et le tabou, l’honneur de la mission et les exactions militaires, comme ces femmes soviétiques d’une station de renseignement découverte par les Allemands, et dont le viol n’est jamais loin mais ne se produit pourtant pas, malgré l’acharnement d’hommes bestiaux privés de plaisir depuis des mois.

Du niveau des Sentiers de la gloire de Kubrick et de la puissance de La ligne rouge de Malick, Sam Peckinpah laisse donc à la postérité l’un des plus grands films de guerre du cinéma et l’une des plus transcendantes réflexions sur la Seconde Guerre mondiale, conflit le plus meurtrier de l’histoire humaine documentée. Il n’y aurait qu’Andrei Tarkovski, avec L’enfance d’Ivan, pour rivaliser en sagesse avec le vieux maître californien. Et ainsi, advient la nuit. Et avec elle, la mort des dieux du Walhalla.

LES AUTRES SORTIES DU 23 SEPTEMBRE 2015

Titre original : Cross of Iron
Réalisation : Sam Peckinpah
Scénario : Julius J. Epstein, James Hamilton et Walter Kelley, d’après le roman de Willi Heinrich
Acteurs principaux : James Mason, James Coburn, Maximilian Schell, David Warner
Pays d’origine : Royaume-Uni, RFA
Sortie : 23 septembre 2015
Durée : 2h13
Distributeur : EMI Films, Constantin Films
Synopsis : En 1943, sur le front de l’est, la longue retraite de l’armée allemande à travers le destin de quelques figures, dont un sergent blessé et un capitaine en quête d’une Croix de fer.

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Publiée le 23/10/2015

Déçu... Alors je continue Peckinpah après avoir beaucoup aimé Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia, mais là j'ai plus de mal... Et ceci tout simplement parce que les films de guerre c'est pas réellement mon truc, c'est sans doute le seul genre de film qui ne m'émoustille pas (j'en aime certains... mais il faut qu'il y ait autre chose à se mettre sous la dent). Et vu que je ne suis pas ultra fan de la mise en scène de Peckinpah, ce film passe plus difficilement. Alors il y a un bien une chose que j'aime chez Peckinpah c'est son écriture, le ton désabusé qu'il peut avoir. Et j'aime le film pour ça, par contre dès qu'il y a des attaques, des assauts, ça ne m'intéresse plus. Un comble, moi qui aime l'action. La première scène après le générique servant d'introduction in media res, où la troupe de de Coburn attaque des russes j'ai trouvé ça juste illisible, j'ai rien capté. Sans doute que ce chaos est voulu. Et je comprends pourquoi. Sauf que là je m'ennuie, ça ne m'intéresse pas (à tort sans doute). Après dès qu'on est dans la magouille pour obtenir la croix de fer, qu'on est dans les conflits entre officiers, qu'on parle de la franche camaraderie dans les compagnies, ben je trouve ça vraiment bien. La lâcheté ordinaire, l'ambition démesurée... Et puis il faut bien dire que le personnage de Coburn est excellent, et très bien interprété, ça aide pas mal. Faire un film avec des héros de guerre du côté allemand je trouve ça quand même vraiment intéressant comme parti pris et vraiment osé. Alors la nuance c'est que Coburn n'est pas un fanatique d'Hitler, mais quand même, réussir à faire apprécier des soldats allemands, avoir envie qu'ils s'en sortent, c'est pas le truc que l'on voit tous les jours... Et quelque part ça colle plutôt bien avec le propos du film vis-à-vis de la lâcheté de certains officiers, le soldat lui est le même dans tous les camps, ou presque, il obéit. Il y a également un petit constat social avec les différents types de recrues, selon qu'elles viennent de l'aristocratie, du peuple ou du partie. Un film assez riche et donc intéressant... même si comme dit, les batailles je ne les comprends pas et elles m'ennuient un peu.

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